samedi, août 8, 2020
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Grande Interview : Ibrahima Sanoh évoque la crise sociopolitique guinéenne et revient sur le bilan de la classe politique

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L’actualité politique guinéenne est dominée par l’annonce de la date pour la tenue de l’élection présidentielle le 18 Octobre 2020. La mise en place d’un nouveau parlement et la promulgation d’une nouvelle constitution sont des faits marquants de l’actualité sur lesquels, le jeune Ibrahima Sanoh, président du mouvement pour l’alternance et le salut se prononce dans cette grande interview accordée au site guineepanorama.com. Sans langue de bois, il repond à toutes les questions liées au combat du FNDC et à la gestion du pouvoir l’actuel chef de l’Etat. 

Lisez ci-dessous, cet entretien réalisé par notre rédaction, ce weekend

Guinéepanorama : Bonsoir monsieur Sanoh. Merci de vous prêter à nos questions. Dites-nous quel est votre regard sur le climat socio politique actuel  de notre pays ?

Ibrahima Sanoh : « La situation que nous vivons, est une situation compliquée, qui est révélatrice de nos contradictions les plus profondes. Quelques part, il y’a un pan de la population qui aspire à une alternance vraie avec l’alternative, et un autre pan qui prêche l’alternance qui semble se pencher sur l’alternative. Donc voilà sommairement ce à quoi on assiste. Malheureusement, de ceux qui disent qu’il faut aller à l’alternance, ou qui parlent d’alternance, ces entités-là ne sont pas dans la bonne direction afin que ce réussisse »

Guineepanorama : Quel est selon vous le bilan du FNDC ? Le mouvement a-t-il réussi ou non ?

« Le FNDC a fait son combat, il y’a d’autres qui ont existé. Je veux dire que ce bilan, il n’est pas bon »

Ibrahima Sanoh : «  Je ne veux pas faire le bilan du FNDC. Je veux faire le bilan de toutes les entités qui se sont battues pour l’alternance. Parceque avant le FNDC il y’a des entités qui ont existé, dont la mienne. Voilà on a créé bien avant le FNDC. Le FNDC a fait son combat, il y’a d’autres qui ont existé. Je veux dire que ce bilan, il n’est pas bon. Il n’est pas bon, parce que malheureusement dès le début, les gens avaient voulu que l’association entre les partis politiques avec les organisations de la société civile, ou une simple organisation de la société civile puisse aboutir à quelque chose. Sauf que malheureusement on a vu que y’a eu de la surenchère, assez de déclarations, des manifestations qui n’ont pas été pacifiques. Parce que malheureusement, ceux qui l’ont fait étaient sur des motos, trois à quatre personnes sur la même moto, d’autres étaient dans des voitures, ou perchés sur les capots de leur voiture. Ils n’ont pas marché à pied, les discours qu’ils tenaient étaient des discours  contre un  seul pouvoir. Dans les discours, il n’y’avait de discours de rassemblement. C’est  à dire, on n’a pas dit aux gens pourquoi on veut de l’alternance, ou pourquoi ils doivent adhérer à cela. Ils n’ont mobilisé que ceux qui étaient leurs militants. Partout où le FNDC s’est installé, il s’est installé que sur  ou dans les lieux d’implantation des partis politiques qui étaient membres du FNDC. Après ça donné une illusion aux gens que c’était un pan ou une partie de la population très nombreuse qui se levait. Au contraire ce n’était pas cela, c’était des militants qui étaient sortis. Et dès lors que la question avait été politisée, évidemment, on sait que derrière la politique en Guinée, il y’a l’ethnie. C’est ce qui fait que d’autres entités, d’autres régions ne se sont pas associées. Comme on a pu  voir qu’à chaque fois qu’il y’a eu des  manifestations, ce sont les bastions de l’opposition qui ont répondu nombreux. Les autres n’ont pas répondu. Malheureusement c’est ce à quoi on assiste. Et aujourd’hui on dit aux gens, on va manifester, on va manifester. Mais ceux qu’on va mobiliser ce sont des militants. Il ne faut pas s’attendre à ce que cela donne quelque chose, comme on a pu déjà le voir. L’indicateur de mesure de la réussite d’une lutte c’est quoi ? C’est l’objectif.

L’objectif du FNDC c’était quoi ? Empêcher une nouvelle constitution. Il y’a une nouvelle constitution,

L’objectif du FNDC c’était quoi ? Empêcher une nouvelle constitution. Il y’a une nouvelle constitution, aujourd’hui que la cours constitutionnelle reconnait parce que dans son arrêt, ce n’est pas à une partie de la population de dire qu’on la reconnait ou qu’on ne la reconnait pas. Je parle de la légalité et non de la légitimité. C’est au peuple entier de dire si elle est légitime ou pas. En plus aussi, le FNDC a dit qu’il n’y’aura pas d’élection législative sur même une petite superficie du territoire national. Ces élections  ont  eu lieu. Si on doit mesurer  la performance par rapport à l’objectif, c’est là on comprend très clairement que le bilan, il est ce qu’il est »

Guineepanorama : Quelle appréciation faites-vous de l’attitude du président de la république par rapport au troisième mandat, ou encore par rapport au récent remaniement ministériel ?

Ibrahima Sanoh : « Bon ! Le président est dans sa logique. Nous nous pensons que cette logique  elle n’est pas bonne, elle n’est pas républicaine. Il est dans sa logique de fragiliser les institutions de la république. Il est dans sa logique de succéder à lui-même. Et de ternir le combat qu’il a fait. Dans la logique aussi de rendre l’Etat un patrimoine personnel. Donc rendre l’Etat un patrimoine pour lui et pour d’autres gens. Et donc dans cette logique, je pense qu’il est constant parce qu’on a vu qu’il y’avait des velléités de succession à lui-même et de mourir au pouvoir. Et maintenant on sent clairement qu’il n’a pas besoin de renouveler une équipe qui gagne. Cette équipe qui l’a permis d’avoir tout ce qu’il a voulu avoir dans les difficultés qui étaient là : la nouvelle constitution,  il a triomphé du SLECG qui, à un certain temps l’a dérangé.

« la CODENOC est décédée, on l’a changée par une autre entité,  qui donne mieux une autre connotation de l’objectif et du combat qu’il veut porter »

Ce même gouvernement peut-être dans son ensemble ou dans une certaine proportion, à avoir une assemblée, donc selon ses humeurs. Je crois qu’il est constant dans ce qu’il fait, et qu’il faut s’attendre très clairement qu’il soit candidat à lui-même. Parce que la CODENOC est décédée, on l’a changée par une autre entité,  qui donne mieux une autre connotation de l’objectif et du combat qu’il veut porter. Changement dans la continuité, ça ne donne rien. Soit on change, soit on continue. Mais ils veulent changer dans la continuité. Ça veut dire que l’équipe n’a pas perdu,  c’est Alpha Condé lui-même. Il considère qu’il n’a pas perdu, il doit continuer. Il faut s’attendre à ce qu’il soit candidat. Pour moi ce n’est pas une surprise. Et pour les autres aussi d’ailleurs, ce n’est qu’une suite logique »

Guineepanorama : Quel est votre avis sur la date des élections présidentielles prévue pour le 18 octobre prochain ?

Ibrahima Sanoh : « Je crois que je ne suis pas candidat à une élection. J’ai un mouvement qui se bat pour l’alternance et le salut. Mais fort malheureusement on constate que lorsqu’il est question de décider sur la tenue des élections, ce sont des organes ou des partis représentés à la CENI, donc  qu’elle soit politique ou technique qui décide. Et si maintenant la CENI pense que les conditions sont réunies pour qu’on puisse aller aux élections, quand même, il faut le reconnaitre, dans un contexte de crise sanitaire. Si elle pense que la date qu’elle propose est tenable, eu égard à la crise, eu égard aux contraintes in ternes, je crois qu’elle doit soumettre cela au président de la république. C’est à lui d’apprécier. Il est évident que le président est candidat à sa propre succession, il est évident que l’opposition dans son ensemble la plus importante ne veut pas partir aux élections. C’est évident c’est ce qui va se faire. Les élections auront lieu, parce que les résultats sur la pandémie du COVID seront manipulés, et le président ne voudra pas qu’il y ait glissement. Ce qui l’empêcherait d’avoir un autre mandat. Puisqu’il serait le président d’une transition, et il ne pourrait plus être candidat à une élection présidentielle.  Donc il veut que ce soit cette année. Et il se trouve qu’il n’y’a plus d’entrave, et qu’il n’y’a plus d’obstacle devant lui. Il va foncer. C’est évident »

Guineepanorama : Comment voyez-vous l’avenir de la Guinée avec la classe politique actuelle et les acteurs sociaux ?

Il faut s’attendre que cette classe politique  après Alpha Condé, va aller au trépas, elle va mourir.

Ibrahima Sanoh : « La Guinée n’a pas d’avenir avec cette classe politique actuelle. Pas d’avenir. C’est que comme on peut le dire Alpha Condé il est ancien. Pas d’avenir. Les opposants qui sont là, je ne peux pas les mettre dans le même panier, mais dans la plus grande proportion, pas d’avenir. Pourquoi pas d’avenir ? Parce que l’opposition a eu dix années pour présenter au peuple de Guinée l’alternative. Mais on a passé tout le temps, je veux bien dire, tout le temps, à dire qu’Alpha Condé a échoué. Mais nulle part je n’ai écouté quelqu’un parler de réconciliation, et de se mettre dans une posture de président. Oui ! Quand moi je serai président, voilà je serai hanté de la réconciliation. Voilà l’école que je vais reformer, voilà ce que je vais faire. De telle sorte qu’il puisse y avoir une adhésion populaire à ce qu’il veut faire dans sa vision. Chacun s’est plutôt contenté d’avoir l’opinion qu’il a de lui-même. C’est –à-dire, chacun pense qu’il est président. Nul ne s’est senti obligé d’aller nouer un contrat social avec le peuple, en lui disant quelles sont les reformes et pourquoi il faille nouer ce contrat avec lui, pourquoi il faille aller à l’alternance ?c’est évident que si Alpha fait un autre mandat, est-ce qu’il pourra l’exercer ou pas ? eu égard à son âge. Est-ce qu’il pourra le faire. Il faut s’attendre que cette classe politique  après Alpha Condé, va aller au trépas, elle va mourir. Parce qu’elle est incapable de nouer un contrat social avec le peuple. Elle est incapable de montrer une alternative. C’est évident que chaque opposant a une opinion fière de lui. Mais la réalité est qu’on ne propose rien, le peuple ne sent rien, et le peuple aussi se sent indifférent. Donc ce qui va permettre à Alpha Condé de faire ce qu’il veut.

En attendant que le temps détruise  tout ce qu’il faut détruire, pour qu’il y’ait ce que j’appelle une création nouvelle, parce qu’il va y avoir une nouvelle Guinée.

Moi, malheureusement, cela fait quatre ans, on a essayé de se battre pour des idées, pour des propositions, mais peut-être le choix qu’on a fait n’a pas été cohérent. Et quelque part on a voulu aider l’opposition, parce qu’on a pensé que dans un pays, il faut avoir un contrepouvoir puissant. On n’a pas été une société civile classique, traditionnelle, formelle.

Mon ultime conviction aujourd’hui, c’est d’aller dans la société civile formelle.

Ce qui faille faire, c’est d’aller dans cette société civile qui a été politisée, qui a été détruite. Il faut aller dans cette société civile pour proposer des idées, et peut être permettre de réduire les chances  d’accession d’Alpha Condé. Parce qu’y a des questions sur lesquelles il faut faire des propositions. La question de la réconciliation. Parce qu’il ne s’agit plus de dénoncer. La Guinée, les choses se détruisent. On n’a pas un système éducatif, il n’y a pas un système de santé, il n’y a rien, on détruit. Ceux qu’on voudrait porter au pouvoir ne proposent rien. Est-ce qu’on va attendre que tout se détruise après ? Parce que ce sont des vies qui sont en jeu. C’est l’avenir des générations qui est en jeu. Mon ultime conviction aujourd’hui, c’est d’aller dans la société civile formelle. Avoir une plateforme qui propose des idées, qui se bat, et qui n’est pas politisée, qui essaie aussi d’influer par des idées, par le combat des idées sur certaines choses »

Guineepanorama.com : Merci à vous monsieur Sanoh

Ibrahima Sanoh : Merci à vous.

 

Entretien réalisé et décrypté par Tôlon EUgène Kourouma et Abou Millimouno

Pour guineepanorama.com

 

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